À Michel...

 

 

 

 

  

 

 

 

Bonjour Michel, est-ce que tu es bien au pays des merveilles ?
Moi, pas trop, parce que j’ai perdu quelqu’un de ma famille.
Mais tu es toujours là, dans mon cœur.
Si tu peux m’entendre et me voir, alors tu verras où on fait ton enterrement pour te dire au revoir et pour te souhaiter une autre vie.
Ta nièce Zoé

 

Vous aurez compris que Zoé et Carla adoraient leur Michel. Et c’était réciproque. Chaque fois que Michel voyait ses nièces, son visage s’illuminait. Michel, si tu en as le pouvoir, arrête les éclipses et montre-nous un peu de ce soleil jaune que tu aimais tant tout en restant à l’ombre ! Car aujourd’hui, c’est nous qui sommes en noir. Et nous ne savons pas quand ça va s’arrêter. Le jour où nous te retrouverons, peut-être.
Ta famille

 

Il n’y a pas longtemps, Michel, j’ai pris, à Frontignan, la parole à ta place. J’espérais te la rendre au plus vite. Et malheureusement, aujourd’hui, je prends de nouveau la parole en sachant que nous ne t’entendrons plus.
Mais ce que je dis là n’est qu’à moitié vrai. Ta voix résonne assez fortement dans nos mémoires pour qu’on ne puisse pas dire absolument qu’elle s’est tue. J’entends, nous entendons l’intelligence et la convaincante passion de tes discours – celles qui m’ont entraînée dans un univers qui n’était a priori pas tout à fait le mien – qui m’ont entraînée dans la grande aventure de Soleil Noir –, nous entendons, passant par micro et hauts-parleurs quasi assourdissants, les noms des auteurs que tu avais un peu miraculeusement réunis, annoncés par toi à grand éclat aux tables rondes et aux stands du Festival de Frontignan (ne cachons pas, Michel, que cette voix-là nous donnait souvent envie de nous boucher les oreilles, quand son explosion venait soudain frapper nos tympans), nous entendons tes éclats et la pertinence de tes analyses et commentaires, et de tes questions dans les rencontres avec les écrivains – lors d’entretiens que tu t’inquiétais toujours – l’inquiétude faisait à la fois partie de ton être et de ton exigence – de n’avoir pas assez bien menés, alors que tu l’avais fait toujours remarquablement.
Parler de toi, Michel, comme d’un esprit brillant est inévitable, pourtant t’y réduire serait absurde, et te diminuerait.
Car ce qui nous réunit tous ici, c’est, au-delà de dons intellectuels qui n’ont pas été étrangers à un grand nombre des liens tissés et maintenus tant d’années, ce qui nous réunit dans l’émotion aujourd’hui, c’est, je pense pouvoir le dire, ton humanité : ta passion, oui, mais aussi l’attention dont tu savais faire preuve, ta vraie présence aux autres, la chaleur dont tu savais nous entourer, en être profondément affectif que tu étais. Tu n’étais certes pas quelqu’un de tout repos, mais tu étais, jusqu’à l’extrême limite, quelqu’un sur qui on pouvait se reposer. Quelqu’un de généreux, et qui savait se dépenser sans compter.
Et nous tous, qui sommes là, ou du moins beaucoup d’entre nous, nous souviendrons toujours de toi, pourtant depuis longtemps déjà fatigué, mais infatigable, passant de l’un à l’autre aux grandes tablées de Frontignan.
Mais il t’a fallu aussi pouvoir te reposer sur quelqu’un, et, dans une épreuve dont je n’ai eu que de terribles échos – puisque j’ai eu la chance de te voir pour la dernière fois alité, certes, mais tel que je t’avais toujours vu – quelqu’un a été là pour toi jusqu’au bout, jusqu’à la limite et sans doute au-delà de ses forces : Martine, la compagne indéfectible de ta vie et de ton travail, a été là, t’accompagnant jusqu’à la dernière heure, après avoir pris le relais dans ce qui était l’œuvre de ta vie, ce Festival du Roman noir qui a rassemblé, quinze ans durant, une grande partie d’entre nous, aujourd’hui réunis autour de toi dans le bouleversement de la subsistance et de la séparation.
Tu as été aimé, Michel. J’ai parlé de ta voix et de ta présence. Inoubliable aussi, ton beau visage structuré, massif et délicat, frappant par l’intensité du regard et de l’expression. Inoubliable, le rapport humain advenu et tissé avec toi. Tu as été aimé. Mais ici le passé n’est pas de mise. C’est au présent qu’il faut le dire : Michel, nous t’aimons.
Nathalie

 

Sur le parcours d’une vie, on a des copains, mais des amis ça se compte sur les doigts d’une main. Michel, tu étais l’un d’eux, serré dans mon poing.
C’est toi qui m’as ouvert les yeux sur une famille dont je faisais partie sans le savoir, celle du polar. Erudit, grand spécialiste du genre, passeur infatigable, tu m’as initié, sinon à l’écriture, à la lecture du roman noir.
Il y a 20 ans, entouré de quelques passionnés, tu nous a incité à monter un Festival perdu dans les vignes, là où la terre est rouge. Puis, toujours à ton initiative, on s’est replié dans la capitale du Muscat et ton bébé est devenu International, copié, pillé, mais jamais égalé. Aujourd’hui, la seule évocation de cette manifestation est associée à ton nom, toi Michel, le pivot, la cheville ouvrière, le boss.
Pendant une décennie, on a taillé la route du noir ensemble. On en a parcouru des kilomètres entres les bibliothèques perdues dans les hauts cantons et les festivals de l’hexagone, sans oublier l’incontournable Salon de Paname.
J’écrivais mes petites histoires pendant que tu prêchais pour la promotion de ce genre littéraire qui nous unissait, le roman noir, baptisé au muscat sec et, le plus souvent, à la Zubrowka, parce qu’une moitié de bulgare et une moitié d’ukrainien, ça boit pour les deux autres moitiés.

Tu aimais les voyages Michel, les Etats Unis, l’Asie. Quand tu rentrais au Clapas, tu adorais raconter tes périples à Marie, une voyageuse, elle aussi. Et l’une de tes plus belles anecdotes reste pour moi celle du Montana, quand tu t’es pointé à Missoula pour rencontrer James Crumley. Tu te renseignes pour savoir où crèche l’auteur et là, sans hésiter, tu frappes à sa porte pour l’inviter à Frontignan. Crumley qui s’apprêtait à aller vider quelques chopes au bar du coin, te propose alors de l’accompagner, afin que tu lui expliques comment un type peut venir de si loin, juste pour lui proposer de participer à un festival. Ta démarche et ta faconde durent le séduire, puisqu’après vous être copieusement arsouillés au whisky et à la bière, tu obtiens son accord de principe. C’est ainsi que James Crumley se retrouve invité d’honneur du festival l’été suivant.

Après, tu convieras toutes les plus grandes pointures internationales du polar anglo-saxon, latino et européen, dont Elmore Léonard, pour qui tu avais une grande tendresse et qui te le rendait bien.

Pour ma part, c’est grâce à notre amitié et ton parrainage qu’on a commencé à m’inviter un peu plus loin de mes terres et ça, je ne l’oublierai jamais, ainsi que ton soutien indéfectible.

Tu vas tellement me manquer mon poto.
Nasdrovié Michel.
Sergueï

 

Gainsbourg/Bonnie and Clyde/
Loyal Honnête et Droit.

Chaleureux. Paternel, fraternel.

J’ai eu la chance de connaître Michel cinq ans.

Complice, ami, frère et père du noir.

Lorsque j’ai rencontré Michel les premières fois, c’était avant tout professionnel, Préparer le FIRN, les commandes, s’assurer que tout était sous contrôle. Il ne savait pas trop qui j’étais, moi, je le connaissais dans le cadre du festival, virevoltant le micro à la main, tout de noir vêtu, une parole, une caresse, une main amicale posée sur l’épaule, ou plutôt délicatement passée dans le dos, chaleureux, généreux, en alerte bienveillante.

Le FIRN d’un coté, et nos rencontres régulières pour préparer nos K-FÉ-Krimes, c’est là que tout a commencé. Travailler avec Michel, c’était pour moi d’une immense facilité, parler du prochain festival ou simplement évoquer un auteur qu’on venait de lire, fallait-il l’inviter ? Quoi qu’on fasse, on tombait toujours d’accord, on riait, c’est chiant, disait-il, on est toujours d’accord...

La première vraie rencontre, c’était déjà l’apothéose, James Ellroy, salle Pétrarque à Montpellier devant 400 personnes, je me souviens de son stress, lui qui connaissait tout le monde, qui avait fait venir tout le monde à Frontignan, je me souviens de l’adrénaline qui courrait dans ses veines et que je pouvais presque entendre... et de son regard... illuminé, celui d’un gamin devant le sapin de Noel.

Cette collaboration a continué ainsi, plus de trente rencontres au fil des années, pour la librairie, ou la Comédie du Livre, on se retrouvait pour déjeuner, on était censé travailler, préparer le débat, on bifurquait, Michel me parlait de ses lectures, de ses voyages, de ses soucis, parfois quand je le poussais un peu...de sa santé.

On mangeait chinois, ou beaucoup trop gras, un café seulement parfois, ou une bonne vieille Leffe, putain une bonne vieille Leffe, cela fait du bien...

Parfois quand l’actualité littéraire était calme, cela espaçait un peu trop nos rencontres, nos débats, et je me suis souvent surpris à manquer de lui, ces déjeuners, ces mises au point de dernière minute, ses passages express à la librairie...

De complice, Michel est devenu mon ami.

Je me souviens du 10 octobre 2012, déjà malade, il n’avait pas pu co-animer la rencontre avec Tim Willocks, il est quand même venu, au premier rang, il sentait bon l’après-rasage, un des trucs que j’aimais chez lui. Pendant le repas qui a suivi le débat, y'a eu ce grand moment où Tim a remercié Michel pour tout ce qu’il avait fait et déclenché pour sa reconnaissance en l’invitant au FIRN en 2009, le premier.
Car Michel c’était cela, un découvreur de talents, un talent de découvreur, un passeur, loyal, honnête et droit, chaleureux, généreux...précieux !
Pile cinq mois avant son départ, le deux avril de cette année, notre dernière animation ensemble, une fabuleuse rencontre avec Kent Anderson, un ami de James Crumley, pendant le débat, j’ai pour la première fois pleuré dans une rencontre, je ne sais pas encore aujourd’hui si c’est la prose de Kent ou la joie mêlée de tristesse de voir Michel, dans son élément, micro à la main, insatiable passionné.
Depuis il y a eu la seizième édition du Festival international du roman noir, où en l’absence de Michel, on a tous, Yves, Nathalie, Muriel, Katia, Martine, et tous les autres on a tous assuré comme des bêtes.

Je suis triste aujourd’hui, je suis triste mais heureux de l’avoir rencontré, d’avoir eu cette chance de le connaître, mieux, beaucoup mieux au fil de ces années.

Une pensée bien sur pour Martine... Je suis là, pour le Firn, pour après, pour toi.
Et comme le dirait le grand Big Jim Thomson, Now and on Earth ! Ici et maintenant !

Deux jours avant sa mort, je l’ai appelé en début de soirée. Comme toujours, malgré la douleur il a décroché, d’une voix faible m’a dit je ne peux pas trop parler, a repoussé mes excuses, cela lui fait plaisir mon appel, on a convenu que je le rappellerai, au pire je te laisse un de mes longs messages compliqués sur ton répondeur, tu sais ceux qui durent trois plombes, je l’ai entendu sourire et on a raccroché sur un à bientôt, je t’embrasse, moi aussi, à bientôt, je t’embrasse Michel.
Jérôme

 

Je ne suis pas très habilitée à parler de Michel devant nombre d’entre vous qui le connaissaient bien plus intimement que moi. Et je n’aurai pas la présomption de dire ce qu’il était, et est. Mais il est des amitiés certaines qui se nouent en quelques heures et ce fut mon cas, avec Michel, il y a longtemps de cela. Et je sens tous les manques qu’il nous laisse, déjà. Manques affectifs, sensibles, physiques, intellectuels, manques de ce guide –si je peux me permettre ce mot- brillant, puissant, si terriblement attentif et finement affectueux qu’en une main sur l’épaule et quelques mots pertinents, tout était dit, intensément et sobrement.

Son départ, que je me suis refusée à envisager depuis plus d’un an, vient de creuser une vaste cavité dans les territoires de chacun. Ce que l’on nomme le vide, auquel on ne croit pas encore. Je le dis banalement, et peu m’importe cette banalité. Au contraire, car les choses les plus profondes s’expriment souvent le mieux par les mots ordinaires. Mais quelque chose ne va pas dans ce terme de « vide », celui dont on dit souvent que le temps nous aidera peu à peu à le compenser, voire à le combler. Mais non. Compenser, et par quoi ? Par des éléments disparates, ressemblant vaguement à Michel par telle ou telle facette, et que l’on glanerait ici et là ? Non, cela ne se trouve pas bien sûr. Alors ce creux, quant à moi, je le laisse et le laisserai à ciel ouvert. Je le regarderai, j’y verrai avec précision les manques singuliers et, les aimant et les regardant, ils me renverront en écho leur contenu, leur matière, leurs chuchotements. C’est ainsi, les yeux ouverts sur ce vide si plein, que je compte vivre en la compagnie de l’ami.
Fred


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